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Histoire le la
Pointe de Saint-Vallier
En 1712, Olivier Morel de la Durantaye, seigneur de La Durantaye,
concède à Jean Fradet une pointe de terre donnant sur l’anse de
Bellechasse. Jean Fradet ne semble jamais y avoir construit de
maison, car il possédait une terre de six arpents par quarante
arpents trois terres plus à l’ouest. Après son décès, ses héritiers
vendent la pointe à André Poiré en 1745. C’est probablement à ce
moment qu’apparaît sur la pointe une première maison, fort
possiblement la partie est de la maison Amos. Lorsque André Poiré
décède à son tour en 1781, l’inventaire de ses biens mentionne la
présence d’une maison de trente pieds par vingt pieds, en pièce sur
pièce. Cette année-là, la terre est vendue à André Lavoie. En 1805,
ce dernier fait établir un droit de passage entre sa terre et le
chemin public, traversant ainsi la terre de son voisin sur trois
arpents. C’est ce chemin qui relie aujourd’hui le manoir au chemin
Lemieux.
En 1809, André Lavoie est l’objet de saisie de ses biens pour dette
impayée. Son voisin, Nicolas Bouchard (lot de la grange du domaine)
fait l’acquisition de la terre lorsque le shérif du district de
Québec procède à la vente. Il n’en profitera pas longtemps, car
environ trois semaines plus tard, Xavier-Roch Tarieu de Lanaudière,
un des co-seigneurs de la seigneurie de Saint-Vallier, exerce son
droit de retrait seigneurial pour racheter à Nicolas Bouchard la
terre de la pointe. Suite à cette prise de possession, de Lanaudière
fait construire tout juste à côté de sa maison, une plus petite
maison destinée à loger ses domestiques. Ainsi qu’il le mentionne
dans une lettre adressée à son frère en juillet 1810, les deux
bâtiments sont reliés par un passage couvert.
En 1812, Xavier-Roch de Lanaudière vend sa propriété de la pointe de
Saint-Vallier à ses sœurs Agathe et Charles-Marguerite de Lanaudière.
En 1831, celles-ci, par une entente avec les autres co-seigneurs de
Saint-Vallier, font reconnaître la propriété de la pointe comme
étant roturière, leur étant propre et non reliée au domaine
seigneurial, situé à la quatrième concession, aujourd’hui le secteur
d’Arthurville à Saint-Raphaël. En 1841, Charles-Marguerite de
Lanaudière rachète du shérif la part, saisie pour créance, de sa
sœur décédée et devient l’unique propriétaire de la pointe de
Saint-Vallier. En 1852, elle en fait don à son petit-neveu, John
Young qui, à son tour, voit ses biens saisis et vendus en 1860,
suite à une demande de séparation de biens faite par son épouse.
C’est Thomas Pope qui en fait alors l’acquisition. Avocat, il sera
maire de Québec de 1861 à son décès en 1863. Sa succession vend
alors la propriété à Charles Alleyn, époux de Zoé Aubert de Gaspé,
elle-même petite-nièce des demoiselles de Lanaudière. La pointe
revient donc d’une certaine façon dans la famille, après une
parenthèse de trois ans. Charles Alleyn a été, lui aussi, maire de
Québec, shérif du district de Québec et premier directeur de la
prison des plaines d’Abraham en 1867. C’est en 1866 qu’il se fait
concéder les lots de grève numéro 1 (au nord) et 2 (à l’est), depuis
lors attachés au domaine. Selon un plan de cette époque, une pêche
est déjà tendue sur le lot de grève numéro 2, au sud-est des crêtes
rocheuses.
Souvenons-nous que l’habitation était composée de deux maisons
rattachées. C’est probablement vers 1860 que l’architecture des deux
maisons a été harmonisée pour donner au bâtiment le gabarit
qu’illustre le corps principal de la maison Amos.
Au décès de Charles Alleyn, sa succession vend la propriété à Thomas
Lemieux, pêcheur et commerçant de Berthier, qui possédait une terre
au fond de l’anse de Saint-Vallier, sur l’actuel chemin des Roy. Il
est possible que Thomas Lemieux ait alors déjà exploité la pêche de
Charles Alleyn. Il sera aussi le premier, depuis le début du XIXe
siècle, à occuper la maison en permanence. En novembre 1906, il vend
la terre au notaire Félix-Alphonse LaRue, se gardant le droit de
pêche. Le notaire LaRue, qui avait déjà fait l’acquisition du lot 7
(lot de la grange) un mois plus tôt, engloutira des sommes
colossales dans la propriété, faisant ériger dès 1908 l’immense
terrasse qui surplombe la pointe à l’extrémité nord-est du domaine.
Il fera aussi construire une chapelle privée et une cuisine d’été.
En 1912, il est saisi à son tour et perd la propriété. C’est Thomas
Duchaîne, marchand rentier de Québec, qui s’en porte alors acquéreur
avant de la revendre à son fils Alexandre trois ans plus tard. Ce
dernier est toujours lié au droit de passage exercé par Thomas
Lemieux pour la pêche. Un procès opposera les deux parties qui ne
s’entendent pas sur l’emplacement de ce droit de passage.
Le 26 avril 1923, Alexandre Duchaîne vend la propriété à Mathilde
Beaudry, épouse d’Arthur Amos. Mathilde Beaudry est la fille de feu
Victor Beaudry, homme d’affaires qui a fait fortune aux Etats-Unis.
Les Amos feront des travaux considérables à cette maison de
campagne, procédant notamment à l’ajout d’un corps de deux étages
adjoint à la cuisine d’été, reculée d’une vingtaine de pieds, et à
la construction d’un solarium. Des aménagements importants seront
apportés aux terres : jardin ornemental avec étang, potagers,
vergers, terrains de croquet et de golf, petit lac avec îlet, etc.
Après le décès de Mathilde et Arthur Amos (1948 et 1950), leurs
enfants (Gabrielle, Thérèse, Monique, Jacques et Robert) en héritent
et apportent d’autres modifications : réfection du mur de
soutènement, réaménagement de l’étang, rénovation du solarium et de
la galerie. Monique et Thérèse se départissent de leur part en 1964.
La rallonge contenant la cuisine est démolie à la fin des années
1970. Vers 1983, le garage est déménagé dans une clairière au nord
du domaine et transformé en chalet.
Après le décès de Jacques Amos en 1996, Gabrielle et Robert décident
de céder le domaine à deux fondations privées de protection :
L’Héritage canadien du Québec, pour les terres et bâtiments, et
Conservation de la nature Canada, pour les lots de grève et la
gestion des terres. Cette entente est signée en 1998. Peu avant, en
1997, avait été mise sur pied la corporation qui assure aujourd’hui
l’animation de ce site exceptionnel.
Yves Guillet
Août 2010
Domaine Lanaudiere
Saint-Vallier de Bellechasse
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